Les débats sur la formation initiale sont riches d’idées plus ou moins innovantes mais néanmoins essentielles,  quand ils portent en eux le double devenir de la profession et des plus jeunes d’entre nous. En résumé, ils  s’irriguent de trois questions :

– qu’est ce qu’être avocat (1) ?
– qu’est-ce que la formation (2) ?
– comment y répondre(3) ?

1- La première question  fait ressortir  une  diversité : diversité de  parcours, de motivations et de modes d’exercice,  de telle sorte que l’on peut,  légitimement, s’interroger   sur les caractéristiques d’un ADN commun à la profession.

1-1 Le droit : au premier rang de cet ADN, se situe la connaissance du droit acquise à l’Université. Plus instrumentale, mais aussi transversale, est la connaissance de la technique  juridique, qu’elle s’apparente au conseil ou à la pratique judiciaire.  Reste, le baptême du feu en cabinet, irréductible à la connaissance du métier.

1-2  La déontologie, s’érige, d’emblée, comme élément constituant. Dans un monde juridique et judiciaire qui connait, comme les autres, une concurrence de l’information alliée à une réduction de la postulation obligatoire, on est avocat, non par le savoir du droit ou sa compréhension, mais par  sa connaissance et sa pratique de la déontologie. A ce titre, la déontologie  est l’alpha de la qualité d’avocat : tout le monde peut être juriste, mais tout le monde ne pratique pas le droit selon des règles unifiées dont le non-respect est sanctionné.

1-3 Mais être avocat, c’est aussi être un homme ou une femme de l‘entreprise dont se dégagent  un  comportement de gestionnaire, un  tempérament  orienté vers la défense  et   une aptitude à l’adaptation.

Dans ce prolongement se situe une réflexion plus générale sur les évolutions du métier d’avocat : au fond du droit s’imposent l’adaptation à la communication (avocat/communicant), et l’émergence d’un droit positif fondé sur l’émotion (l’Homme/avocat)…

Aux acteurs traditionnels de la profession, s’imposent en outre, le constat d’une féminisation accrue et l’apparition d’acteurs concurrents (délégués syndicaux…), voire complémentaires (médiateur, conciliateur, ONG…).

2- La formation initiale doit répondre aux besoins  dégagés ci-dessus.

Une distinction apparait  néanmoins : à la fonction acquisitive (de connaissances) de la formation se distingue la fonction sélective.

 2-1 Les outils de la formation acquisitive sont les cours et les stages.

2-2 La vérification à l’aptitude à la qualité d’avocat (fonction sélective) se divise en deux, à l’entrée et à la sortie et génère le moins de consensus : faut-il un  numérus clausus (impossible à instaurer en application du droit européen),  sur quoi faire porter la sélection à l’entrée ? Aspect cognitif et/ou de qualités  personnelles… ?

3- Faut-il donner à  la sortie une fonction éliminatoire ou une fonction de cohésion professionnelle ?

(Il est acquis que toutes les grandes écoles ne sélectionnent qu’à l’entrée et non à la sortie, mais toutes ont, en revanche, un rite de sortie qui  consacre un parcours commun  et  donne naissance à un sentiment d’appartenance ressenti tout au long de la vie professionnelle).

N’est-il pas temps d’abandonner l’aspect, supposément,  sélectif de l’examen de sortie, en réalité seulement dispendieux, au bénéfice d’une cérémonie identitaire de la  profession d’avocat ?

3-1 Cette cérémonie, autonome mais non concurrente de la prestation de serment qui n’est que judiciaire et dont le principe n’est pas réservé à l’avocat, serait organisée par les barreaux avant la prestation de serment. Emprunte de solennité, elle marquerait l’entrée des plus jeunes au sein  du club.

Ainsi  verrait-on l’émergence d’une herméneutique : l’accession  à la qualité et non à la fonction d’avocat se ferait par la consécration solennelle d’une cérémonie de sortie,  fortement marquée  par une symbolique dans laquelle les valeurs essentielles de la profession seraient transmises  : cérémonie de pure forme mais très marquée par la tradition dans son double sens latin (traditio  : couple  recevoir/donner = transmette)   et moderne : idée de permanence (des qualités d’avocat), elle serait, en un mot  la marque génétique – véritable acte de naissance- de la réception à la qualité d’avocat…in utroque jure.

Claude Marc BENOIT
Avocat